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Culture

La couleur vantablack sur les voitures : une plongée abyssale dans le noir automobile

MichaëlPublié le 18 septembre 2025
couleur Vantablack voiture

Le monde de l’automobile a toujours été un terrain d’expérimentation pour les designers et les ingénieurs, repoussant sans cesse les limites de l’esthétique et de la performance. Des chromes rutilants des années 50 aux peintures irisées d’aujourd’hui, la couleur d’une voiture est bien plus qu’une simple finition ; elle est une déclaration, une extension de la personnalité du propriétaire et un élément crucial de son design. Mais que se passerait-il si une voiture pouvait être si noire qu’elle en deviendrait presque invisible, absorbant la quasi-totalité de la lumière qui la frappe ? C’est le concept fascinant et déroutant introduit par l’application de la couleur Vantablack sur une voiture, une prouesse technologique qui a captivé l’imagination du public et soulevé de nombreuses questions.

Qu’est-ce que le Vantablack ? Au-delà de la simple couleur

Pour comprendre l’engouement autour d’une voiture Vantablack, il est essentiel de définir ce qu’est réellement ce matériau. Le Vantablack n’est pas une peinture au sens traditionnel du terme. Développé par la société britannique Surrey NanoSystems, son nom est l’acronyme de « Vertically Aligned NanoTube Arrays ». Il s’agit d’un revêtement composé de nanotubes de carbone « cultivés » sur un substrat. Ces nanotubes sont si fins – environ 20 nanomètres de diamètre, soit 3 500 fois plus fins qu’un cheveu humain – et si densément agencés qu’ils piègent la lumière.

Lorsqu’un photon de lumière pénètre dans cette forêt microscopique de nanotubes, il est presque entièrement absorbé, rebondissant entre les tubes jusqu’à ce que son énergie soit dissipée sous forme de chaleur. Le résultat est une surface qui absorbe jusqu’à 99,965 % de la lumière visible, ainsi que des ultraviolets et des infrarouges. Cette capacité d’absorption quasi totale crée une absence de reflet si profonde que l’œil humain peine à interpréter les formes. Un objet en trois dimensions recouvert de Vantablack apparaît comme une silhouette en deux dimensions, un vide, un trou noir visuel.

La BMW X6 Vantablack : une étoile noire sur roues

L’idée d’appliquer un tel matériau sur une voiture relevait de la science-fiction jusqu’en 2019, lorsque BMW, en collaboration avec Surrey NanoSystems, a dévoilé un modèle unique : la BMW X6 Vantablack. Présentée au Salon de l’automobile de Francfort, cette voiture d’exposition a immédiatement fait sensation, devenant un phénomène viral sur internet.

Cependant, la version utilisée sur la BMW X6 n’était pas le Vantablack original, mais une variante légèrement moins absorbante appelée VBx2. Cette version, qui peut être pulvérisée, absorbe tout de même 99 % de la lumière visible. Ce choix n’était pas anodin. Un revêtement Vantablack pur aurait effacé toutes les lignes et les courbes de la voiture, la rendant informe. Le VBx2 permettait de conserver une très légère perception des reliefs, juste assez pour que le design musclé et audacieux du X6 reste discernable, tout en créant un effet visuel spectaculaire et inédit.

L’objectif de BMW n’était pas de commercialiser cette « peinture », mais de créer une pièce unique pour attirer l’attention sur le lancement de la troisième génération de son X6. La voiture, avec sa calandre illuminée contrastant avec le noir absolu de sa carrosserie, ressemblait à un objet venu d’un autre monde, un mirage automobile.

Les défis techniques et pratiques d’une voiture ‘trou noir’

Au-delà de l’effet « wow », l’application du Vantablack sur une voiture soulève de nombreux défis techniques et pratiques qui expliquent pourquoi nous ne verrons probablement jamais de tels véhicules sur nos routes.

  • Fragilité extrême : Les nanotubes de carbone qui composent le Vantablack sont extrêmement délicats. Le moindre frottement, le passage d’un rouleau de lavage ou même une averse de grêle pourrait endommager de manière irréversible le revêtement. Une simple rayure ne pourrait pas être « polie » ou « repeinte » de manière traditionnelle.
  • Un processus d’application complexe : L’application du Vantablack est un processus de laboratoire hautement contrôlé qui nécessite des conditions de température et d’atmosphère spécifiques. La version pulvérisable VBx2 est plus simple à appliquer, mais reste un procédé bien plus complexe et coûteux qu’une peinture automobile classique.
  • Un coût exorbitant : Le Vantablack est l’un des matériaux les plus chers au monde. Bien que le prix exact soit confidentiel et dépende de l’application, il est largement admis que recouvrir une voiture entière coûterait une somme astronomique, bien au-delà du prix de la plupart des voitures de luxe.
  • Entretien impossible : Comment laver une voiture qui ne peut être touchée ? La poussière, le pollen, les fientes d’oiseaux deviendraient des problèmes insolubles. Toute tentative de nettoyage altérerait les propriétés optiques du Vantablack.

Sécurité routière : le danger d’être invisible

L’un des obstacles les plus importants à l’homologation d’une voiture Vantablack est la sécurité. Une voiture qui n’a quasiment aucun reflet devient extrêmement difficile à voir, surtout la nuit ou dans des conditions de faible luminosité. Les autres conducteurs auraient les plus grandes difficultés à évaluer sa distance, sa vitesse et même sa présence. Les statistiques d’accidents de la route montrent déjà que les voitures noires sont plus susceptibles d’être impliquées dans des accidents en raison de leur faible visibilité. Une voiture Vantablack pousserait ce risque à un niveau extrême et inacceptable.

De plus, l’absence de reflets supprimerait des indices visuels cruciaux pour les autres usagers de la route. Les lignes de carrosserie qui reflètent la lumière ambiante nous aident à comprendre la forme et le mouvement d’un véhicule. Une voiture Vantablack serait une énigme visuelle dangereuse sur la route.

L’esthétique de l’absence et les alternatives

Au-delà des aspects techniques, la voiture Vantablack interroge notre perception de l’esthétique automobile. En effaçant les reflets, elle supprime une grande partie du langage du design automobile, qui joue avec la lumière pour sculpter les formes et créer du dynamisme. Paradoxalement, en cherchant le noir absolu, on perd une partie de la beauté de l’objet.

Pour les passionnés d’automobile désireux d’obtenir un look ultra-noir sans les inconvénients du Vantablack, des alternatives ont vu le jour. La peinture Musou Black, développée par la société japonaise Koyo Orient Japan, est souvent citée comme l’une des peintures les plus noires disponibles dans le commerce. Avec un taux d’absorption de la lumière de 99,4 %, elle offre un rendu visuel très proche de celui du Vantablack VBx2. Cependant, elle reste également très fragile et peu adaptée à un usage quotidien sur une voiture.

D’autres constructeurs et préparateurs automobiles explorent des finitions mates ou satinées très profondes qui, sans atteindre les niveaux d’absorption du Vantablack, offrent un rendu visuel saisissant et bien plus durable.

En conclusion, la couleur Vantablack appliquée à une voiture reste, pour l’instant, une expérience fascinante, un « show car » qui a permis de repousser les frontières de l’imagination. La BMW X6 Vantablack est une œuvre d’art technologique qui nous a donné un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler l’avenir de la personnalisation automobile. Cependant, en raison de sa fragilité, de son coût, de sa complexité d’entretien et, surtout, des risques inacceptables qu’elle poserait en matière de sécurité routière, il est fort probable que la voiture « trou noir » demeure un fantasme, une silhouette énigmatique dans les annales de l’histoire de l’automobile, nous rappelant que parfois, même dans la quête de l’obscurité la plus profonde, un peu de lumière reste essentielle.

Michaël

Michaël

Rédacteur spécialisé dans l’automobile depuis 2018 et fondateur de 12cylindres.com. Passionné par les tendances du marché auto et la mécanique, il suit de près l’évolution des technologies, des innovations et des performances des véhicules. À travers ses écrits, il partage son expertise pour aider les passionnés à mieux comprendre l’univers automobile.

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